Premier
Établissement de la Foi dans la Nouvelle-France, attribué
au récollet Chrestien Le Clercq, est déjà un ouvrage
historique controversé lors de sa parution à Paris, en 1691.L'histoire
de l'apostolat récollet et celle des explorations de la vallée
du Mississipi par Cavelier de La Salle, accompagné de récollets,
sont informées par des documents inédits, que l'on ne trouve
pas ailleurs.Cependant, ces volets
de l'oeuvre sont inscrits à l'intérieur d'une histoire plus
générale, celle de l'établissement de la foi en Nouvelle-France,
dans laquelle les jésuites n'ont pas le plus beau rôle.De
controversé qu'il était au point de départ, l'ouvrage
est aujourd'hui totalement discrédité.Il
s'agit pour nous de savoir si cette oeuvre est, comme l'affirment les critiques
et les historiens, une source documentaire négligeable pour l'histoire
de la Nouvelle-France.
Les
spécialistes du domaine des études littéraires procèdent
exactement à l'inverse de ceux du domaine de l'histoire pour décrire
une source documentaire narrative;ceux-ci
cherchent d'abord à authentifier l'auteur du document et la vraisemblance
de la production des informations qu'il présente, alors que les
autres font, dans un premier temps, radicalement abstraction de tout ce
qui n'est pas le texte tel qu'il apparaît dans sa forme matérielle,
le livre.Or, comme tout livre d'histoire
a des sources d'information, nous avons entrepris le dépouillement
systématique de celles de l'ouvrage et décrit la portée
de la réécriture qu'il en fait en regard de ses textes sources.Cela
n'avait jamais été réalisé auparavant.
Nous
avons constaté que le rédacteur s'inspirait beaucoup plus
de ses sources qu'il ne s'y informait;en
dernière analyse, il ne démarque pas l'ouvrage historique
de Gabriel Sagard mais écrit une nouvelle histoire de la Nouvelle-France.À
l'étude des sources, succède donc celle de sa narration.La
situation narrative est absolument fictive puisque celui qui écrit
n'est pas celui auquel on pense.De
plus, les deux chapitres centraux de l'oeuvre contiennent un discours ironique
qui est le fait d'un narrateur qui ne l'est pas :c'est
la narration ironique.Finalement,
le rapprochement entre une lettre de Valentin Le Roux, Supérieur
des récollets à Québec de 1677 à 1683, et Premier
Etablissement de la Foi, nous amène à la genèse de
cette oeuvre.La réécriture
de l'histoire de la Nouvelle-France sur le mode ironique est générée
par l'information idéologique d'inspiration janséniste qui
la parcourt.Nous sommes en présence
de l'oeuvre originale d'un maître à penser plutôt que
d'une oeuvre mineure écrite par un auteur de second ordre.
En
plus de proposer une hypothèse fort vraisemblable sur la question
la plus débattue au sujet de Premier Etablissement de la Foi, sa
paternité, en plus d'avoir extrait de l'oeuvre des informations
de première main sur l'histoire événementielle de
la Nouvelle-France, nous mettons surtout à jour le sens de la réécriture
ironique de cette histoire:une réinterprétation
polémique de celle que les historiens jésuites du XVIIe
siècle avait déjà mise en place.Ce
dernier aspect, d'un intérêt au moins égal à
celui qu'ont les faits et les anecdotes inscrits dans l'histoire les uns
à la suite des autres, est l'« événement »
marquant de notre travail.L'histoire
de la Nouvelle-France d'aujourd'hui, en grande partie documentée
par les sources officielles que sont les écrits institutionnalisés
des jésuites, doit en tenir compte pour être exhaustive.Pour
en savoir plus, utilisez le lien qui suit : http://www.pum.umontreal.ca/theses/pilote/trudel/these.html