SIRPhi – Quatrième édition – 15-16 avril 2027

APPEL À COMMUNICATIONS

Regards critiques sur le développement durable

Pour la quatrième édition du SIRPhi, nous sommes heureux d’inviter toutes les enseignantes-chercheuses et tous les enseignants-chercheurs du réseau collégial québécois à soumettre une proposition de communication philosophique sur le thème du développement durable.

Le développement durable est au présent siècle ce que les Lumières ont été pour le XVIIIe siècle. D’innombrables politiques s’en réclament pour opérer de profonds changements de société. Il est pourtant contesté sur plusieurs fronts (Norton 2005; Vivien 2005; Hartmuth et al. 2008; Waas et al. 2011; Sen 2013; Sarkar et Minteer 2018; Spahn 2018; Bendell 2022). Il exige un équilibre dynamique inscrit dans le long terme, entre l’environnement et les activités humaines. Il émerge de compromis entre l’écologique et le social, à situer dans leurs contextes biogéographique, sociétal, politique, économique et culturel. Pour plusieurs, il n’a pas tenu ses promesses et laisse encore l’environnement et les plus vulnérables derrière. Quarante ans après la publication du rapport Brundtland (1987) qui l’a popularisé, il demande encore de nous interroger sur sa signification profonde : la durabilité de quoi ?

Autant la littérature ayant cherché à l’appliquer que celle l’ayant critiqué dégage un vaste champ de réflexion philosophique, de l’éthique à l’épistémologie, de la métaphysique à l’esthétique. En effet, il interpelle non seulement notre rapport à la nature mais aussi notre rapport avec les autres, avec les connaissances dans un contexte d’incertitude, avec les technologies et avec le « progrès ». Voici quelques-unes des principales directions dans lesquelles cette réflexion peut se déployer

Dans un premier temps, la crise environnementale dont le développement durable se veut une solution est en grande partie une question de dégradation des écosystèmes et de perte de la biodiversité. Dès lors sont interpellés les questions de l’ontologie et de la définition des espèces, des écosystèmes, des communautés et de la nature sauvage, pour ne nommer que quelques exemples. Ces entités sont maintenant perçues comme étant dynamiques, en perpétuel changement et en constante interaction avec leur environnement, remettant ainsi en question l’idée d’une essence fixe et suggérant même une métaphysique processuelle, héraclitéenne (Nicholson & Dupré 2018). De plus, les écosystèmes sont en constante interaction avec des ensembles plus vastes, notamment le climat, mais aussi avec les sociétés, avec lesquelles ils forment des systèmes socio-écologiques (Berkes, Colding et al. 2003 ; Biggs, de Vos et al. 2022), au sein desquels se dessinent des enjeux multi-scalaires, notamment ceux qu’encapsule la notion de transition sociotechnique (Geels, Berkhout et al. 2016). On conçoit bien qu’il s’agit là de systèmes complexes dont la nature demeure encore bien mal comprise (Hooker 2011).

Dans un second temps, ces enjeux métaphysiques renvoient à des questions épistémologiques importantes. La philosophie de la biologie et la philosophie de l’écologie traitent depuis longtemps de questions qui leur sont propres mais interpellent aussi la philosophie méthodologique des sciences, notamment sur la nature et la spécificité des explications de ces disciplines, sur les notions de loi, de mécanisme et de causalité (Sober 1993 ; Matthen & Stephens 2007). Surtout, tel que mentionné, les enjeux de la complexité sont présents au sein de ces disciplines mais ils se déploient aussi au-delà. De manière générale, le niveau de détail requis pour modéliser un système socio-écologique peut nuire à la fois à l’interprétabilité du modèle et à notre capacité d’identifier les processus déterminants (Eppinga, Reader et al. 2024). Les processus irréversibles, non linéaires, émergents et les boucles de rétroaction sont autant de phénomènes qui remettent en question les modèles classiques de la causalité et de l’explication scientifique (Hooker 2011 ; Bishop, Silberstrein et al. 2022). En outre, ces difficultés épistémologiques débouchent sur un ensemble de problèmes de nature sociopolitiques quant à la prise en compte de l’incertitude et aux stratégies mises en oeuvre pour les communiquer au-delà de la communauté scientifique. Cela est particulièrement probant dans le cas du changement climatique et de la question de la « probabilité » de l’incertitude associée aux modèles climatiques. C’est donc toute la question de la production et du partage des connaissances à la fois entre les disciplines scientifiques mais aussi au-delà, ce que recouvre la notion de supradisciplinarité (Alvargonzalez 2011; Brandt, Ernst et al. 2013; Frodeman 2014).

Dans un troisième temps, il est évident que le développement durable interpelle une vaste gamme d’enjeux éthiques. En le définissant comme un développement qui répond aux « besoins de la génération du présent sans compromettre la possibilité pour les générations à venir de satisfaire les leurs » (Brundtland 1987 : §1.3), le rapport Brundtland en a fait un enjeu d’équité intra- et intergénérationnelle. Ce faisant, il offre une occasion d’interroger les idéologies et les systèmes dominants depuis l’ère industrielle. Ainsi, la thèse de Lynn White comme quoi le système idéologique anthropocentriste hérité du Christianisme serait « à la racine » de la crise environnementale est notoire (White 1967). Ce système serait aussi réductionniste, capitaliste et patriarcal (Speed 2006). Mais puisque le rapport Brundtland identifie la croissance comme un moyen de répondre aux besoins essentiels de l’humanité, celle-ci a été l’objet d’intenses critiques en tant que caractéristique d’un système de domination (Latouche 2001; Kallis 2018). Les écoféministes ont d’ailleurs su dégager et critiquer ces structures de domination à la fois des femmes et de la nature (Plumwood 1993; Merchant 2005). C’est donc tout notre rapport à la nature qui est mis à l’examen avec à la clé un re-questionnement de la considérabilité morale qui s’est surtout articulé autour du concept de valeur intrinsèque en éthique environnementale (Callicott & Frodeman 2009; Hale, Light et al. 2022). Mais c’est aussi le rapport entre humains au sein d’un même environnement changeant qui est interpellé en soulignant les impacts à multiples échelles selon diverses dimensions de la justice (Adger 2001; Bornemann, Knappe et al. 2022) et des besoins de changements politiques structurels (Biermann, Abbott et al. 2012).

Ces débats se déclinent aussi selon une dimension esthétique puisque notre rapport à la nature qu’interroge le développement durable est aussi un rapport à la beauté en un sens large. Par exemple, Rousseau et Wordsworth ont présenté des exhortations à la simplicité matérielle, au dépouillement et surtout à la protection de la nature, des paysages comme des plantes et des arbres, pour leur valeur tant esthétique que thérapeutique, tant pour le corps comme pour l’âme. Un peu plus tard, la littérature, la poésie et le théâtre romantiques ont témoigné d’une réaction au gigantisme technologique qui ravageraient les paysages européens et d’une nostalgie sentimentaliste du passé. En outre, la notion de durabilité est rattachée au caractère renouvelable des ressources qui inclut aussi l’aspect esthétique. La question de la restauration écologique interpelle évidemment aussi cet aspect. Enfin, le cadre des services écosystémiques inclut d’ailleurs des ‘services’ esthétiques.

Une réflexion philosophique du développement durable permet donc de se pencher sur des enjeux contemporains (et même à venir) tout en interrogeant des préoccupations plus anciennes. Elle se déploie selon différentes dimensions ontologiques, épistémologiques, éthiques et esthétiques. Si ce champ de réflexion est vaste, il invite aussi à une philosophie décloisonnée avec une attention à l’interpénétration de ces enjeux et au dialogue avec d’autres disciplines. La crise environnementale constitue une menace existentielle et le développement durable a le mérite de proposer une solution que l’on ne peut laisser sans examen approfondi.

Instructions pour soumettre un résumé

  • Remplir le formulaire accessible ici
  • Longueur maximale du résumé : 300 mots
  • Date limite pour soumettre : 15 décembre 2026
  • Courriel : sirphi@cmontmorency.qc.ca
  • Organisation : Charles Côté-Bouchard, Laurent Jodoin, Guillaume St-Laurent, Louis Zayed

 

SIRPhi – Troisième édition

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Deuxième édition, 11 et 12 janvier 2024

Vie, vécu, vivabilité: la connaissance du vivant et de ses possibilités


Première édition, 23 et 24 novembre 2022